Les sorcières modernes sont partout : qui sont-elles et quelles sont leurs pratiques ?

Dans les , les films, les séries… les sorcières sont incontournables. Qu'est-ce qui explique le retour en grâce de cette figure historique aussi détestée qu'adulée ?

Ariane* baigne dans l'ésotérisme depuis le plus jeune âge. Elle raconte même être devenue sorcière sans s'en rendre compte. « J'ai perdu ma petite sœur à l'âge de deux ans. Pendant des années, j'ai communiqué avec son esprit, je jouais chaque jour avec elle, mais les autres pensaient que c'était une simple amie imaginaire ».

Quatre ans plus tard, c'est son grand-père qui décède et, selon ses dires, entre en contact avec elle. Entendre et ressentir la présence des  fut ainsi sa porte d'entrée vers la sorcellerie. « Je connais le monde de l'invisible et des énergies depuis toujours et j'ai aussi bénéficié toute ma vie des savoirs ancestraux de ma grand-mère qui s'est éteinte très récemment, à plus de 100 ans », explique cette quinquagénaire, employée dans le secteur du service à la personne à Marmande (Lot-et-Garonne).

Chez les sorcières, « la magie est partout ! »

Chez elle, l'encens brûle du matin au soir. On trouve aussi quelques pierres, des figurines (dont quelques sorcières), des bougies, de nombreuses plantes, mais aussi de simples plumes ou encore des coquillages. Une véritable caverne d'Ali Baba. « La magie est partout ! », s'exclame-t-elle.

Certains peuvent trouver ça bizarre, car c'est différent de ce qu'ils ont l'habitude de voir, mais c'est juste mon univers, mon mode de vie.

Ariane

Et la pièce maitresse de ce mode de vie justement, c'est sa boule de cristal. « Lire l'avenir avec, c'est faisable, mais je n'en vois pas la nécessité. Je préfère pratiquer la gratitude au quotidien, peu importe ce qui m'arrive dans la vie », poursuit Ariane.

Sa boule de cristal sert avant tout « à se décharger« , évacuer les tensions et « nettoyer les énergies négatives » notamment, ainsi qu'à se rassurer et se centrer sur ses ressentis.

Ariane pratique aussi la télépathie, notamment avec ses filles. Elle vit au rythme des saisons, du calendrier lunaire et s'inspire librement du wiccanisme, un mouvement basé sur diverses croyances telles que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique.

Je n'ai rien appris dans les , tous mes rituels se sont construits au fil du temps grâce à l'héritage de ma grand-mère et à mon instinct.

Ariane

C'est donc tout naturellement qu'elle s'apprête à fêter Halloween ou plutôt… Samhain. Datant d'il y a près de trois millénaires, cette fête aux origines tantôt celtiques, tantôt gauloises, marque le passage de la saison claire à la saison obscure. Il s'agit aussi d'une période, toujours autour du 31 octobre, durant laquelle la frontière entre le monde des morts et celui des vivants serait particulièrement perméable.

« Moi je fais brûler pendant six jours de l'encens sur un autel avec une poupée de chiffon représentant la Catrina mexicaine, des bougies et des fleurs en offrande pour honorer les  », détaille-t-elle.

Toutes ces pratiques, c'est ce qui rend Ariane heureuseépanouie et sereine, malgré une vie souvent difficile, émaillée par la perte de plusieurs êtes chers ou encore par l'incendie de sa maison. « Ma boule de cristal en est ressortie intacte », raconte-t-elle en la caressant tel un animal de compagnie. « C'est un phare, un repère. »

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« Je dors avec mon pendule »

Isabelle Creuzet aussi a trouvé le chemin du bonheur et de l'apaisement grâce à l'ésotérisme et à la spiritualité. « Chez moi, c'est resté en sommeil pendant 53 ans ! », raconte-t-elle depuis son cabinet du centre-ville de Marmande.

Anne-Diandra Louarn
Isabelle Creuzet, à Marmande, fait partie des sorcières « guérisseuses », elle travaille notamment au pendule dans son institut Energetica. ©Anne-Diandra Louarn

Il y a quelques années, en pleine carrière dans le BTP et les transports, Isabelle est victime d'un grave burnout qui l'empêche de travailler pendant 18 mois. « Une période de bouleversements et de quête personnelle », se remémore-t-elle. « Je n'avais aucune pratique spirituelle avant, mais je faisais déjà confiance à mes intuitions dans les affaires, je voyais l'importance de l'aura et de l'énergie. »

Elle apprend alors peu à peu à s'écouter, à faire confiance à ses intuitions.

C'est peut-être tout simplement cela être une sorcière aujourd'hui, ou en tout cas le point de départ : apprendre à lire ses ressentis dans un monde qui va trop vite.

Isabelle Creuzet

L'apprentie sorcière se forme alors à la  (la médecine des vibrations), au  et à différents soins énergétiques, auprès de pointures comme le respecté chamane Gérard Grenet, à Paris. Elle fait aussi de la médecine de l'habitat, pour purifier les intérieurs.

Tout ceci étant désormais son métier à temps plein. Elle s'est ainsi reconstruit une carrière en se reconstruisant elle-même.

J'ai installé le sacré dans ma vie de tous les jours, dans tout ce que je fais j'y mets de la gratitude, de l'amour, de la passion.

Isabelle Creuzet

Contrairement à Ariane, Isabelle n'a pas de boule de cristal. Sa pratique, c'est plutôt la connexion avec la nature – elle marche en moyenne une heure par jour en forêt – la lithothérapiel'olfactothérapie et les encens, et même le druidisme dont elle a emprunté de petits œufs translucides en matière « primordiale » avec lesquelles elle nettoie les vies antérieures.

Elle s'entoure, elle aussi, de figurines symboliques, des animaux totems : la louve « pour ne rien lâcher », la lionne « pour la protection » et l'éléphante « pour la force ». « Pas de mâle… on n'est pas sorcières pour rien ! », plaisante-t-elle.

Mais le plus important de ses « outils sacrés », c'est son pendule. « Il permet de prendre des décisions et de protéger des mauvaises énergies. Il m'accompagne toute la journée, je dors même avec. »

La militante, la guérisseuse et l'Instagrammeuse

Les héritages et croyances sont si nombreux qu'on peut aisément dire qu'il n'existe pas deux sorcières identiques. « On peut les voir partout, il y a beaucoup de sorcières qui s'ignorent, de sages du village qui ne sont pas identifiées en tant que telles, mais dont les petites habitudes du quotidien sont étroitement liées à la sorcellerie ; et c'est particulièrement vrai en milieu rural », commente la Lot-et-Garonnaise Clara Lemonnier, anthropologue et autrice.
Et de poursuivre : « Être sorcière, c'est avant tout des pratiques libres, créatives, qui font appel à l'imaginaire et qui parlent à chacune. »

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Elle distingue trois grands profils de sorcières modernes : « la très politisée qui se situe dans la mouvance historique. Elle milite collectivement pour des causes, la plupart du temps, féministes et écologistes, anticapitalistes également. » Il y a ensuite la guérisseuse, « une thérapeute avec des pratiques sorcellaires, qui a conscience des problèmes sociaux et écologiques, mais qui fait sa part, individuellement, à son échelle… La figure du colibri en somme ». Le troisième type, c'est la sorcière « tendance » ou « sorcière Instagram ». « Elle a une vision beaucoup plus individualiste, son but c'est le développement personnel. Elle est capable d'acheter sa sauge sur Amazon… C'est un peu un objet de consommation, une sorcière à conscientiser », résume Clara Lemonnier.
Dans tous les cas de figure, on retrouve « une réappropriation des héritages historiques et mystiques. » Autrefois proches de la nature et expertes en plantes, elles se retrouvent aujourd'hui dans les luttes écologistes et les alternatives. Autrefois vues comme dangereuses et opprimées par les hommes, elles participent aujourd'hui à la libération de la parole des femmes. Autrefois marginalisées et même brûlées vives, elles sont aujourd'hui stigmatisées et parfois craintes.

« À la campagne, on nous prend pour des folles »

Au quotidien, leur plus grand obstacle c'est celui du regard des autres. « Ce n'est pas facile d'être une sorcière à la campagne », reconnaît Isabelle Creuzet. « On nous prend pour des folles. Je comprends que ce que je fais ne parle pas à tout le monde, ma pratique tient avant tout à mon personnelle, à ce qui me fait vibrer. Forcément, ça marche chez certains, mais pas pour d'autres. »

C'est d'ailleurs pour cette raison que les sorcières sont aussi beaucoup associées à des charlatans. « En , les personnes qui pratiquent des non allopathiques sont encadrées. Ce sont des ‘Heilpraktiker' qui possèdent une sorte d'agrément pour éviter les débordements », explique Clara Lemonnier, anthropologue de la région du Grand Marmandais et autrice du Grand livre des Guérisseuses (éd. L'Iconoclaste).

L'experte regrette que la France ne se contente, pour l'instant, que de la Miviludes, son observatoire public des pratiques sectaires. « Ce n'est pas suffisant, car ça ne concerne qu'un seul aspect et ça stigmatise, voire décrédibilise l'ensemble des pratiques alternatives. Une instance officielle permettrait de se repérer alors qu'aujourd'hui on ne peut compter que sur la réputation et le bouche-à-oreille

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