Principes, indications, limites : tout savoir sur l’homéopathie

Malgré le déremboursement qui s'est appliqué en 2021, l' demeure un réflexe bien ancré dans les pratiques de santé en : près d'un Français sur deux y a recours quotidiennement. Placée au premier rang des naturelles, elle repose sur l'idée que l'on peut traiter et prévenir une pathologie en administrant au patient des doses diluées de la substance qui la déclenche. Comment fonctionne exactement cette solution thérapeutique, quelles sont ses applications et ses limites ?

Qu'est-ce que l'homéopathie ?

L' tire son origine du mot grec « homoios » qui signifie « semblable » et « pathos » qui veut dire « maladie ». Fondée en 1796 par le médecin allemand Samuel Hahnemann (qui a laissé son nom au principe de dilution CH : Centésimale Hahnemannienne), elle consiste à administrer, à des doses très faibles ou infinitésimales, des substances diluées (d'origine végétale, animale, minérale, chimique…) susceptibles de provoquer, à des concentrations différentes, chez l'homme en bonne santé, des manifestations semblables aux symptômes présentés par le malade. Objectif : stimuler les défenses de l'organisme et activer sa capacité d'auto-guérison, afin qu'il soit capable de combattre lui-même sa maladie.

Cette médecine holistique s'intéresse à l'individu dans sa globalité : partant du principe que les maladies et les symptômes sont dus à un déséquilibre de l'organisme, le traitement homéopathique ne se contente pas de traiter simplement les symptômes, mais tente de rétablir l'équilibre initial de celui-ci.

Le médecin homéopathe choisit donc le traitement adéquat après avoir bien écouté les symptômes et le ressenti du patient, et déterminé son profil ou son « terrain ». Le traitement général, applicable à tous, n'existe ainsi pas en homéopathie : deux patients présentant les mêmes symptômes n'auront pas forcément le même traitement homéopathique, tout simplement parce qu'ils n'ont pas le même « terrain ».

« L'homéopathie n'est pas une médecine, mais une thérapeutique, qui consiste à aider l'organisme à guérir lorsque la maladie est réversible (c'est-à-dire qu'elle s'applique dans toutes les pathologies bénignes du quotidien). Elle rééquilibre l'organisme en profondeur. En revanche, elle ne constitue pas un traitement direct pour des pathologies aussi graves que le cancer ou l'infarctus du myocarde par exemple. Dans ces cas, elle est plutôt un traitement , qui vient améliorer la qualité de vie et soulager tous les effets secondaires liés au traitement de ces maladies », résume le Dr Antoine Demonceaux, médecin homéopathe et psychanalyste, coordinateur du DIU de Thérapeutique Homéopathique (Universités de Reims et de Marseille) et auteur du Guide de l'homéopathie familiale (éd. Mango).

Pratiquée un peu partout dans le monde (par des médecins et autres professionnels de santé), cette médecine douce est aujourd'hui utilisée par près de 200 millions d'individus dans le monde. En , elle est officiellement reconnue en France depuis 1965, date à laquelle elle a fait son apparition à la Pharmacopée Française. Plébiscitée par les Français (qui sont plus de 79 % à l'utiliser*), l'homéopathie fait pourtant l'objet d'un déremboursement depuis le 1er janvier 2021 ; la Haute Autorité de Santé (HAS) ayant en effet conclu à une absence d'efficacité avérée.

Quels sont ses principes ?

L'homéopathie repose sur trois principes fondamentaux :

  • Le principe de similitude : établi par Samuel Hahnemann à partir d'observations expérimentales et cliniques, il établit qu'une substance qui peut rendre malade à forte dose peut également guérir si elle est administrée en petite quantité ;
  • Le principe de dilution infinitésimale : les remèdes sont préparés à partir de dilutions successives de la substance active appelée « souche » et désignée par son nom latin (exemple : Arnica montana, Mercurius dulcis, Nux vomica, Allium cepa…). Cette dilution est indispensable puisqu'elle permet, tout en gardant une action efficace, de garantir l'innocuité du médicament homéopathique ;
  • Le principe d'individualisation (ou de globalité) : l'homéopathie part du principe que chaque individu est différent et réagit donc différemment à une substance, selon sa constitution. Tout l'enjeu de cette thérapeutique est donc de prendre en compte l'individu malade et ses particularités, et non la maladie en elle-même et ses symptômes.

Plus simplement, pour que le traitement homéopathique fonctionne, trois principes doivent donc être réunis :

  1. La lésion doit être réversible. « C'est-à-dire que les symptômes rencontrés doivent être fonctionnels », précise le spécialiste.
  2. Le médicament homéopathique doit être adapté au patient. « En fonction de l' de la personne, de son passé médical, de son , de son sommeil, de ses émotions, on peut définir un « terrain » et donc prescrire un traitement homéopathique qui lui correspond à elle, et à elle seule ».
  3. Le patient doit être en capacité de réagir. « Sur les personnes âgées, plus fragiles, et les personnes polyintoxiquées (en raison du tabac, de l'alcool, du cannabis, de la cocaïne, des psychotropes…), cela fonctionne moins bien car l'organisme est fragilisé et sa capacité à réagir est moins grande. A l'inverse, l'homéopathie s'avère très efficace sur les organismes des enfants ».

Dans ses principes, l'homéopathie s'oppose ainsi à l'allopathie, ou médecine classique, qui repose, elle, sur les contraires. Ainsi : l'homéopathie aura tendance à traiter une fièvre avec transpiration avec de la belladone (plante dont l'ingestion des fruits à l'état naturel provoque des symptômes semblables à ceux de la fièvre), pour stimuler les capacités de défense de l'organisme. « Fort de ces informations, l'organisme mobilise sa capacité à produire lui-même des substances anti-inflammatoires », précise le médecin homéopathe. Alors que la médecine classique choisira plutôt d'appliquer une substance dont la propriété est de faire baisser la température, par exemple le paracétamol. « Dans ce cas, on donne au patient un médicament anti-inflammatoire : c'est-à-dire que l'on bloque les réactions naturelles de l'organisme vis-à-vis de l'inflammation pour essayer de supprimer un symptôme ».

Comment fonctionnent les différentes dilutions homéopathiques ?

Les traitements homéopathiques sont fabriqués à partir d'une dilution des substances actives des médicaments, de façon à obtenir une concentration de cette substance inférieure à celle d'origine. La substance active présente les mêmes particularités que la maladie contre laquelle elle va lutter, mais elle est diminuée dans le traitement homéopathique : l'organisme peut ainsi s'y confronter et la combattre plus facilement.

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Pour produire un médicament homéopathique à partir d'une substance active, on dilue cette souche dans 99 fois son volume de liquide (alcool à 30°C par exemple) ou de poudre (mélange saccharose / lactose par exemple). La dilution obtenue est appelée 1 CH. En renouvelant l'opération, on obtient une dilution à 2 CH et ainsi de suite. « La dilution est utilisée pour diminuer la toxicité de la substance », précise le Dr Antoine Demonceaux. « Par ailleurs, plus la personne est sensible et développe des symptômes, plus on a intérêt à recourir à une dilution élevée ».

La dilution homéopathique va ainsi jusqu'à 30CH. Selon le type de symptômes rencontrés et le terrain de la personne, le médecin homéopathe va ainsi prescrire des dilutions différentes.

De manière générale :

  • Les basses dilutions (4 ou 5 CH) sont utilisées pour traiter des symptômes locaux (ex : Arnica pour un choc mineur localisé) ;
  • Les moyennes dilutions (7 – 9 CH) sont administrées en cas de symptômes généraux (ex : Arnica pour un choc avec un petit traumatisme général comme une chute banale) ;
  • Quant aux hautes dilutions (15 CH – 30 CH), elles sont plutôt réservées aux symptômes chroniques, anciens, ainsi qu'aux troubles psychologiques. (ex : Arnica à la suite d'un traumatisme émotionnel brutal avec un épuisement, des troubles du sommeil et des sensations de courbatures)

Quels sont les différents types de médicaments homéopathiques ?

La plupart du temps, les remèdes homéopathiques se présentent sous forme de granules imbibées de la solution diluée, à faire fondre sous la langue. Celles-ci sont d'origine végétale (70%), animale (20%), minérale ou chimique (10%).

Il existe aussi des « spécialités homéopathiques » développées par les laboratoires pharmaceutiques spécialisés en homéopathie : ces préparations spécifiques, qui associent souvent plusieurs principes actifs, sont accompagnées d'une notice et destinées à une utilisation précise (préparation pour traiter la sinusite, sirop pour la toux etc.). « Cette indication donnée facilite l'automédication, observe le médecin homéopathe. Mais si l'on est très sensible, ces préparations en basse dilution risquent de ne pas être assez efficaces. Elles ne remplacent pas une consultation et un traitement personnalisé ».

Quels sont les bienfaits de l'homéopathie et que peut-elle soigner ?

L'homéopathie a un intérêt sur toutes les pathologies aiguës comme : le rhume, les sinusites, la grippe, la fièvre, la diarrhée, les coups et bosses, les douleurs dentaires, les céphalées et migraines. « En réalité, elle prend en charge pratiquement toutes les pathologies communes retrouvées en médecine générale ».

Mais aussi sur des pathologies chroniques variées comme : les infections ORL, les allergies, l'eczéma, les rhumatismes, les troubles du sommeil, les troubles liés au cycle menstruel ou à la ménopause (bouffées de chaleur notamment), le reflux gastro-œsophagien, l'arthrose, l'asthme, la fibromyalgie…

Elle est également utile pour diminuer l'anxiété et le stress ; et peut être utilisée avant une compétition, une échéance professionnelle, un examen.

On l'utilise enfin pour stimuler les défenses immunitaires et renforcer l'immunité, notamment avant l'hiver.

Si l'homéopathie ne peut pas soigner les cancers et autres maladies graves (elle ne doit jamais être utilisée en remplacement des médicaments conventionnels, sous peine d'interférer de manière préjudiciable sur l'évolution de ces pathologies), elle peut toutefois être un traitement aux soins conventionnels et aider à réduire les effets secondaires liés à la maladie et aux traitements. « Plusieurs études montrent son intérêt dans les soins de support en cancérologie », souligne le Dr Antoine Demonceaux. « Menée en parallèle des traitements conventionnels, l'homéopathie, en améliorant la qualité de vie, peut augmenter les chances de survie ».

Comment l'utiliser et quels avantages ?

Les granules sont des médicaments faciles à prendre quel que soit l'âge ou le profil du patient : pour les bébés par exemple, il suffit de les diluer dans un peu d'eau, et pour les plus grands, il suffit de les laisser fondre sous la langue ou de les sucer. Les spécialités, quant à elles, fonctionnent également sur le même principe, mais existent aussi sous forme de sirops ou de comprimés.

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Contrairement à d'autres traitements ou produits, les granules homéopathiques n'ont pas besoin d'être pris à certaines heures spécifiques (avant, pendant ou après le repas). La régularité des prises et le respect du traitement prescrit par le médecin homéopathe est cependant importante.

Pourquoi l'homéopathie est-elle controversée ?

La thérapeutique classique (ou allopathie) repose sur la prescription de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité par des essais cliniques dans les indications considérées. « Si de tels essais cliniques existent pour l'homéopathie, ils ne sont – à ce jour – pas reconnus pour être suffisants », regrette le spécialiste. Un certain nombre de médecins considèrent ainsi que l'homéopathie ne montre pas plus d'effets bénéfiques qu'un médicament placebo, c'est-à-dire un médicament dépourvu de tout principe actif. Selon eux, l'amélioration des symptômes reste subjective, liée au ressenti de chaque patient. L'homéopathie n'est pas non plus intégrée au cursus des études médicales et fait l'objet d'une complémentaire, ce qui ajoute aux arguments de ses détracteurs.

Quelle est l'efficacité de l'homéopathie ?

Aucune étude randomisée, à grande échelle, ne permet aujourd'hui de démontrer réellement l'efficacité de l'homéopathie, même si de plus petites études vont dans ce sens. En juin 2019, la Haute Autorité de santé (HAS) a jugé le service médical rendu par l'homéopathie insuffisant, et a demandé l'arrêt de son remboursement (situé avant cela à 30%, puis 15% de prise en charge) par l'Assurance maladie, effectif depuis le 1er janvier 2021.

Pourtant, les Français sont encore nombreux à croire en l'homéopathie et à l'utiliser au quotidien. D'après une étude menée par Harris Interactive en août 2022, 73% des Français croient en l'homéopathie et 86% des utilisateurs s'en disent satisfaits*.

L'homéopathie présente-t-elle des dangers ou des limites ?

Les médicaments homéopathiques sont fiables et fabriqués selon un processus de sécurité qui passe par des contrôles qualité rigoureux. Ils sont prescrits et conseillés par des professionnels de santé qui ont été formés à cette thérapeutique.

Par ailleurs, les dilutions homéopathiques sont telles que les substances contenues dans les granules et spécialités homéopathiques ne présentent pas de toxicité. On peut ainsi l'utiliser sans craintes au quotidien, notamment sur les enfants et les bébés (à condition de diluer ces médicaments dans un peu d'eau).

« Mais même quand on a l'habitude de recourir à l'homéopathie, il est important de faire preuve de bon sens », martèle le Dr Antoine Demonceaux. « Si le symptôme paraît trop grave ou persiste malgré le traitement, on n'attend pas et on consulte rapidement un médecin ! ».

Rappelons enfin qu'aucun traitement homéopathique ne doit se substituer aux traitements conventionnels. L'homéopathie ne remplace aucun médicament allopathique, ni aucune chirurgie.

Des effets secondaires ?

Les traitements homéopathiques sont généralement bien tolérés et sans effets secondaires. Ils ne comportent aucune contre-indication, risques d'accoutumance, de dépendance ou interaction avec un autre médicament, et peuvent être utilisés sans problème pendant la grossesse, l'allaitement et chez les jeunes enfants.

Le seul risque, pour le médecin homéopathe, est de ne pas trouver le médicament adéquat du premier coup et de n'obtenir aucune action. « Parfois, il a manqué certaines informations lors de la première consultation pour prescrire le traitement adapté et il peut être nécessaire de revoir son médecin pour réévaluer la situation et réajuster la prescription, notamment lorsqu'il s'agit de pathologies aiguës ».

Autre chose à savoir : « Une aggravation passagère des symptômes peut apparaître au début du traitement, mais c'est bon signe : cela montre que le patient réagit », estime le Dr Antoine Demonceaux.

L'homéopathie reste par ailleurs un traitement à part entière, qui, pour être bien mené, nécessite une consultation chez un professionnel de santé spécialisé.

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