Dangereuse, efficace, sans effet ? L’ostéopathie sur les nourrissons, une pratique qui divise

  France TV Info   – Le 9 mars 2019 à 7:04


« Les images de ce nourrisson dont on tire le crâne m’ont fait frémir. » Le chirurgien Laurent Lantieri se dit « sidéré » après la diffusion, en février, sur France 5, d’un reportage montrant l’intervention d’ostéopathes à la maternité du centre hospitalier de Grasse (Alpes-Maritimes). Sur certaines de ces images de l’émission « La Maison des maternelles », un ostéopathe manipule la base du crâne d’un prématuré, tout en lui introduisant un doigt nu dans la bouche. Pour Laurent Lantieri, auteur de la première greffe totale du visage en 2010, de tels gestes sont « dangereux »« n’ont aucun effet prouvé » et n’ont « pas leur place dans un hôpital public ».

Sur Twitter, un neurologue s’est lui aussi alarmé de « ces pratiques qui ne sont basées sur rien » et qui, selon lui, « contribuent à remplir nos services de neurologie de dissections artérielles en tout genre et de lésions plexiques ». Ce chef de service hospitalier, qui souhaite rester anonyme, estime que l’ostéopathe auteur de ces gestes devrait être « mis à pied » pour mise en danger du patient et absence de respect des règles d’hygiène.

Pour le kinésithérapeute Frédéric Paillaugue, spécialisé dans la nuque et la mâchoire, le problème n’est pas l’ostéopathie dans son ensemble, mais le concept et les techniques de l’ostéopathie crânienne. Enseignant dans une université de Bruxelles (Belgique), il juge ce modèle « complètement charlatanesque », chez l’adulte comme le nourrisson. « Chez un nouveau-né, les articulations ne sont pas encore définitives, beaucoup d’éléments sont cartilagineux, le crâne n’est pas encore totalement ossifié. Il existe des risques vasculaires dans la manipulation cervicale. Ici, rien ne justifie de prendre le risque. » Ces critiques virulentes sont-elles justifiées ? Faut-il tenir son bébé loin de la table d’examen de l’ostéopathe ?

Une pratique autorisée en France

En France, l’ostéopathie figure officiellement parmi les « pratiques de soins non conventionnelles », au même titre que l’, l’ ou le tai-chi. « Leur point commun est qu’elles ne sont ni reconnues au plan scientifique par la médecine conventionnelle, ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé »résume le ministère. Les ostéopathes ne sont pas considérés comme des professionnels de santé et sont dits « ostéopathes exclusifs », à moins d’être, en plus, médecins, sages-femmes, masseurs-kinésithérapeutes ou encore infirmiers.

L’ostéopathie est encadrée par un décret de 2007, qui autorise les praticiens à « prévenir ou remédier à des troubles fonctionnels du corps humain », sous certaines conditions. Les ostéopathes ont ainsi interdiction de prodiguer leurs gestes pour traiter des pathologies nécessitant « une intervention thérapeutique, médicale, chirurgicale, médicamenteuse ou par agents physiques ». Le décret précise que leurs manipulations doivent être « exclusivement manuelles et externes ».

Source : titrespresse.com/13043801…

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