Sclérose en plaques: quand le système immunitaire attaque le système nerveux

La sclérose en plaques est une maladie qui touche plus de 2,3 millions de personnes dans le monde. À l’occasion de la journée mondiale de la SEP, Le Figaro fait le point sur les mécanismes de cette pathologie.

Première cause de handicap non traumatique chez le jeune adulte, la sclérose en plaques touche 100.000 personnes en France, dont 75% de femmes. Cette maladie, qui se déclare généralement entre 20 et 40 ans (elle touche de plus en plus d’adolescents), se manifeste par des symptômes très invalidants, dont certains sont invisibles. Si ses origines restent encore mystérieuses, ses mécanismes sont désormais bien connus. À l’occasion de la journée mondiale consacrée à la sclérose en plaques qui se tient le 30 mai, Le Figaro s’est penché sur cette question.

Il s’agit d’une maladie auto-immune: le système immunitaire se dérègle et attaque les cellules de l’organisme. Plus précisément, il s’en prend uniquement aux cellules qui composent la gaine de myéline, un isolant électrique qui entoure les neurones dans le cerveau et la moelle épinière. Outre son rôle protecteur, la myéline permet la transmission très rapide des messages nerveux, à une vitesse pouvant atteindre 100 mètres par seconde. Lorsqu’elle est endommagée, les messages transmis par les neurones sont altérés. Pire, les neurones eux-mêmes peuvent mourir. «Normalement, l’organisme est capable de réparer de petits dommages qui surviennent ponctuellement sur la gaine de myéline. Mais dans le cas d’une sclérose en plaques, il y en a trop», explique le Pr Jean Pelletier, neurologue au CHU La Timone à Marseille et président du comité scientifique de la Fondation ARSEP (aide à la recherche sur la sclérose en plaques).

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Les dégâts ne pouvant être réparés, rien n’empêche plus la maladie de progresser. Les cellules immunitaires se mettent alors à attaquer la myéline par vagues. Chaque poussée aggrave les symptômes, qui perdureront tout au long de la vie. Au fur et à mesure des attaques, des lésions apparaissent sous forme de plaques dispersées dans le cerveau et la moelle épinière. La présence de ces plaques, détectables par l’imagerie à résonance magnétique (IRM), va permettre d’établir le diagnostic. «L’IRM révèle la présence de ces anomalies dues à l’inflammation. Les plaques apparaissent à des endroits et à des moments différents, elles se déplacent», précise le Pr Pelletier.

Une maladie imprévisible, des symptômes invisibles

L’IRM est souvent faite à l’apparition des premiers symptômes. Souvent, il s’agit d’une baisse de la vision, de difficultés à se mouvoir ou encore de raideurs dans les membres. Les patients connaissent aussi une perte de sensibilité accompagnée de fourmillements, de chocs électriques, de sensations anormales et de déséquilibres. Outre ces troubles spécifiques, notamment les problèmes de motricité facilement remarqués, la majorité des symptômes sont invisibles. C’est d’ailleurs le but de la campagne de cette journée mondiale: sensibiliser à des troubles qu’on ne voit pas mais qui existent et contre lesquels les personnes luttent chaque jour.

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Dépression, douleurs, problèmes de mémoire, de concentration, troubles de l’attention, urinaires, de libido… La liste est longue. Non seulement ces symptômes perturbent la qualité de vie sociale et fonctionnelle des patients, mais ils sont aussi un facteur de retard de diagnostic. Par exemple des infections urinaires à répétition ou une fatigue chronique n’alertent pas forcément sur des troubles neurologiques. Alors le diagnostic vient plus tardivement, lorsque les difficultés à marcher ou les fourmillements et douleurs s’invitent dans la vie du patient.

«Il est fréquent que lors de la procédure d’imagerie médicale, on repère des lésions bien plus anciennes. Or, le traitement prévient et réduit l’intensité des poussées, donc de la gravité des symptômes. Le donner rapidement permet d’éviter les séquelles.» La plupart de ces troubles sont atténués par de multiples traitements et l’exercice physique régulier permet de lutter contre la fatigue. Des médicaments antiépileptiques sont efficaces contre la douleur. Et des spécialistes de plusieurs disciplines accompagnent les patients pour leurs troubles: psychologues, urologues, kinésithérapeutes… Malgré tous les handicaps qu’elle inflige, on peut vivre longtemps avec cette maladie. Elle n’est donc pas considérée comme mortelle.

Même si on traite bien les symptômes, on ne peut pas encore en guérir. En effet, très peu de connaissances existent quant aux facteurs déclenchant. On sait qu’elle n’est pas héréditaire. 150 à 200 gènes impliqués sont identifiés mais un dysfonctionnement de l’un d’eux ne suffit pas à entraîner la maladie, le mécanisme est bien plus complexe. Un ensemble de facteurs environnementaux, peut-être hormonaux, pourraient jouer un rôle mais rien n’est encore sûr. Difficile donc d’imaginer un traitement adapté sans connaître la cause.

Source : sante.lefigaro.fr/article…

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