Le Yoga Iyengar, la méthode douce pour réaligner son corps

Exit les histoires d’énergie, de spiritualité, de sans fin et autres théories nirvanesques. En Iyengar*, le corps, et le corps seul, est au centre. Son aplomb, le placement des chaines musculaires et articulations, l’équilibre entre chacune de ses parties… l’œil du professeur veille à vous guider patiemment vers l’alignement, maître mot de cette technique arrivée parmi les premières en Occident.

Conçue par Bellur Krishnamachar Sundararaja Iyengar, alias B. K. S. Iyengar, la méthode, avant tout pédagogique, permet d’accéder aux postures classiques du hatha yoga à partir de n’importe quel niveau, sans jamais se faire mal. Grâce à ses aménagements originaux, elle a permis au jeune Indien gravement malade à 14 ans de devenir l’impressionnant maître yogi dont les contorsions laissent pantois (grand spectacle garanti sur Youtube).

Une pratique avec des accessoires pour trouver l’équilibre

La story de ce sage qui restera alerte jusqu’à sa disparition à 95 ans est digne d’un roman. Atteint de la tuberculose et de la malaria, le chétif BSK Iyengar part à la rencontre du célèbre maître de hatha yoga Krishnamacharya – qui est par ailleurs son beau-frère. Ce dernier le prend comme disciple à 16 ans. Face à son incapacité à faire les postures, l’adolescent a un éclair de génie : utiliser des objets de tous les jours (rouleau à pâtisserie, table, brique..) pour l’aider à approcher au plus près de la posture juste et de ses bienfaits.

Exemple ? Sa ceinture lui permet d’attraper son pied sans se faire mal au dos. BSK s’entraine dès lors dix heures par jour en trouvant toujours plus d’astuces pour progresser malgré son état. Il formalisera par la suite cette méthode avec, en fil conducteur, le juste alignement du corps. Aujourd’hui,le yoga Iyengar se pratique avec des blocs, sangles et autres coussins.

Un yoga qui stabilise le système nerveux

« Tout le monde peut venir à cette technique, même à 80 ans ou avec un handicap ; il n’y a pas de contre indications car nous faisons attention à ce que chacun en tire le meilleur bénéfice selon son état », expose le professeur Jean-Michel Kuhry. Président de l’Association Française de Yoga Iyengar, il précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’un yoga thérapeutique. « BSK Iyengar s’est simplement rendu compte qu’en tenant la posture juste, on fait circuler le sang, la lymphe, l’énergie, ce qui redonne de la vie à certaines zones du corps. Irriguées, elles recommencent à fonctionner normalement. Des gens désespérés nous appellent régulièrement. La technique Iyengar peut certes les aider mais elle dépasse la quête de guérison. » La progression douce et maîtrisée renforce le mental, stabilise le système nerveux, donne de l’assurance.

Précision, de rigueur !

Pièce maîtresse de la pratique : l’alignement des différentes parties du corps, parfois au millimètre près ! « La posture (asana) doit être correcte si l’on veut en tirer les bénéfices et ne pas se faire mal » cadre Jean-Michel Kuhry. Chaque élève doit être ajusté, de manière verbale ou manuelle. Sans la rigueur, le corps contourne les obstacles pour garder ses –mauvaises- habitudes posturales. « Au départ, j’avais l’impression d’être une architecture bancale ; quand j’essayais de bien placer mes pieds, mes genoux se désaxaient et vice versa ; cela me rendait folle », se souvient Emilie, élève depuis un an.

À en croire Jean-Michel Kuhry, dans un monde où le yoga s’est beaucoup développé – dérives incluses, la méthode Iyengar, factuelle et objective, attire des gens qui recherchent une pratique traditionnelle, sur laquelle ils peuvent compter. « La voix de l’enseignant est toujours là en support, elle permet de garder l’attention de l’élève sur son corps. On voit tout de suite quand le mental s’échappe : la personne n’est plus dans la posture, se désaligne et peut se faire mal. » Grâce au jeu de construction par l’alignement, l’équilibre se fait peu à peu ; entre la gauche et la droite, le haut et le bas, l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit, le corps et l’esprit. « A partir de là, l’énergie circule, mais le vivre suffit ; on n’a pas besoin d’en parler. »

À chaque type de posture ses bienfaits

Régularité et patience peuvent emmener la pratiquante très loin. « Certaines personnes qui ont démarré à 55 ou 60 ans n’auraient jamais pensé pouvoir réussir des postures sur la tête », illustre Jean-Michel Kuhry. « Les deux premières années, on pose les bases avec le groupe des postures debout ; on apprend le solfège, on fait ses gammes », sourit-il, évoquant la longue complicité entre BSK Iyengar et le célèbre musicien Yehudi Menuhin, son ami et disciple. Il s’agit de travailler l’aplomb et l’alignement de la colonne vertébrale. « On s’entraine déjà à se maintenir dos au mur, en plaçant les talons en ligne avec le coccyx, l’arrière des épaules et le crâne. On découvre que ce n’est pas si facile de bien tenir sur ses jambes » décrit Emilie. Ces familles posturales vivifient le corps, améliorent la circulation sanguine, étirent les muscles, libèrent les articulations. La colonne vertébrale est plus légère, le système digestif est stimulé.

Une fois les fondations posées, arrivent les postures assises qui apaisent, combattent les raideurs des hanches et des jambes. Les extensions vers l’avant calment le système nerveux et permettent de lâcher prise. Les torsions atténuent les tensions du cou, du bassin, des épaules. Les postures vers l’arrière revitalisent tout en combattant la dépression ou l’état léthargique. Les inversions augmentent la vitalité, stimulent l’ensemble du système glandulaire, améliorent le sommeil, stabiliser le système nerveux… « très utiles, donc, dans nos sociétés occidentales », pointe Jean-Michel Kuhry. Elles se travaillent au bout de deux ans minimum, voire quatre, selon les progrès de l’élève ! Enfin, au bout de plusieurs années, l’élève aborde les équilibres sur les bras. Mais pas question de griller les étapes : le mental, le corps et la conscience doivent être prêts, ensemble.

Pratiquer à son rythme : un cours hebdomadaire pour commencer

La pratique de chaque élève se construit en fonction des besoins. « La première année, je conseille un seul cours par semaine, à inscrire dans sa routine. Il faut éviter l’épuisement ou l’effet feu de paille », conseille l’enseignant, pour qui le yoga est affaire d’endurance. « L’année suivante, j’incite à pratiquer une ou deux postures à la maison ; une dizaine de minutes, deux ou trois fois par semaine, suffisent. Après trois ou quatre ans, certaines élèves viennent trois fois par semaine ; il est alors temps de passer le cap : faire ses gammes chez soi, en autonomie. » Une démarche personnelle qui décuple la progression.

*Pour trouver un cours de yoga Iyengar : www.afyi.fr

Source : www.marieclaire.fr/yoga-i…

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