«Kongo», mage à contre-courant

Al’avant-dernier jour du Festival, enfin un documentaire avec du cinéma dedans. Et l’on ne parle pas (uniquement) de la beauté envoûtante de ses plans. Après le visionnage de quelques indigestes docus tartinés de voix off, on a goûté avec Kongo, d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, le déploiement d’un mystère que le film ne se charge pas d’expliquer, préférant sonder la façon dont son sujet s’inscrit dans des lieux, lui donnant un peu de champ.

Cette heureuse surprise, film de clôture de l’Acid, a été entièrement tournée à Brazzaville, en bordure du fleuve Congo. Les réalisateurs y ont suivi l’apôtre Médard, traditionnel de la confrérie Ngunza, qui quotidiennement soigne des patients victimes de mauvais sorts – saignées, invocations, écritures, prescription de tisanes… Revoilà donc les envoûtements et la sorcellerie, pour la troisième fois dans ce Festival (après le bel Atlantique de Mati Diop et Zombi Child de Bertrand Bonello), mais la tâche est presque plus simple pour Kongo, qui n’a pas à se poser la question de la vraisemblance, avançant dans le fait accompli, celui de croyances communément admises, quotidiennement pratiquées, jusqu’au tribunal où se plaident des affaires de sorcellerie.

Le regard est ainsi toujours à la bonne distance, évitant l’écueil de l’exotisation, nous embarquant naturellement avec lui. Si Kongo est passionnant, ce n’est pas seulement dans sa manière de lier ces pratiques au paysage – superbes panoramiques du fleuve Congo déchaîné, gros plans de Médard à moitié immergé dans une cascade, renouant avec des sirènes. C’est aussi qu’en détaillant les menaces qui pèsent sur le travail de Médard (concurrence, prédation sur les terres environnantes…), il dessine les contours d’une lutte contre de tentaculaires forces coloniales. Une entreprise chinoise vient ainsi de se lancer dans la construction d’une carrière qui va profondément modifier l’environnement des Ngunza, et notamment étouffer les sirènes qui leur viennent toujours en aide.

Ceci ne semblera loufoque qu’aux esprits incapables d’envisager que le déplacement d’une chute d’eau à grands coups de bulldozers tient aussi de la funeste sorcellerie, et que l’homme est en train de réveiller des forces obscures bien plus grandes que lui. Une séquence le suggère : l’on y voit l’apôtre Médard, en superbe tenue de prière rouge, promener sa silhouette parmi l’immense chantier, et tomber nez à nez avec un travailleur chinois en train de forer le sol. L’apparition la plus incongrue des deux n’est pas celle qu’on pourrait croire.

Elisabeth Franck-Dumas

Acid

Kongo

de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, avec Apôtre Médard… 1 h 10.

Source : next.liberation.fr/cinema…

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