Homéopathie : les laboratoires Boiron en appellent à l’opinion

C’est un enjeu fondamental pour les laboratoires Boiron. Alors que la Commission de transparence de la Haute autorité de santé (HAS) devait adopter mercredi soir un « projet d’avis » sur un éventuel déremboursement de l’homéopathie, le groupe affirmait mercredi après-midi « n’avoir pas reçu de courrier » de la commission. Mais avoir en revanche enregistré près de 390.000 signatures sur la pétition #MonHoméoMonChoix lancée le 4 avril avec 18 organisations en faveur du maintien du remboursement de l’homéopathie.

Le groupe lyonnais, leader mondial de la petite granule blanche, est monté au front en compagnie de ses concurrents  Lehning et Weleda, avec une campagne de communication sans précédent pour défendre leur industrie. La menace de déremboursement fragilise grandement une entreprise née en 1965 et dont le chiffre d’affaires décroît depuis plusieurs années. Il a encore reculé de 2,2 % en 2018, à 604 millions d’euros. Pire, sa capitalisation boursière a fondu de 60 % depuis 2015.

Une tendance inquiétante

Autre tendance inquiétante : les ventes s’érodent particulièrement en France (-5,3 %), qui représente 60 % de son activité, sans que le développement des Etats-Unis (+34 %) ou de l’Asie (+44 %) permette de compenser le phénomène. Boiron a ouvert des pharmacies à São Paulo, Bogota, Hong-Kong, Shanghai et bientôt en Corée, en Malaisie et en Thaïlande.

Mais son économie repose avant tout sur la popularité de l’homéopathie auprès des Français : trois consommateurs sur quatre persuadés de son efficacité, 78 % des sages-femmes libérales prescriptrices régulières, selon les statistiques de la campagne #MonHoméoMonChoix.

Cette nouvelle charge contre une forme de médication régulièrement remise en cause tombe d’autant plus mal que l’entreprise a investi 100 millions d’euros dans une nouvelle usine à Messimy, inaugurée l’année dernière. Elle ne s’est jamais diversifiée, ni dans les huiles essentielles, ni dans la phytothérapie.

L’intégralité de son chiffre repose sur l’homéopathie et 60 % de ses produits entrent dans la catégorie des médicaments remboursables à hauteur de 30 % par l’assurance maladie (le complément par les mutuelles). En 2017, le remboursement de l’homéopathie a représenté 129,6 millions d’euros sur un total de 19,9 milliards pour l’ensemble des médicaments remboursés, selon l’Assurance maladie.

L a directrice générale, Valérie Poinsot, estime, en regard, le coût du mésusage des médicaments à 10 milliards d’euros. La dernière étude financée par Boiron en 2017, EPI 3, tend à prouver que l’homéopathie réduit le recours aux antibiotiques, aux anti-inflammatoires et aux anxiolytiques. Sans convaincre la HAS sur son efficacité.

Une attaque

« Nous n’avons jamais vu une attaque aussi violente visant à nous casser aussi rapidement », s’insurgeait dans une récente interview à « La Tribune de Lyon » l’ancienne directrice générale déléguée nommée DG au 1er janvier par Christian Boiron, parti à la retraite à 72 ans. Elle était injoignable mercredi, « par respect de notre devoir de confidentialité dans ce dossier », assurait un porte-parole. Si la HAS allait jusqu’au bout, Boiron n’échapperait pas à une restructuration qui pourrait concerner 1.000 personnes, sur 2.600 salariés en France et 3.600 dans le monde.

Source : www.lesechos.fr/industrie…