Initiation aux médecines complémentaires en élevage laitier

Le docteur Cindy Jouve anime la formation «Initiation aux médecines complémentaires en élevage laitier», organisée par Avenir conseil élevage.
Le docteur Cindy Jouve anime la formation «Initiation aux médecines complémentaires en élevage laitier», organisée par Avenir conseil élevage. – © ACE

Médecines complémentaires : c’est quoi et quel est leur intérêt ?
La définition officielle de l’Organisation mondiale de la santé dit que les médecines complémentaires et alternatives regroupent des approches, des pratiques, des produits de santé et médicaux qui ne sont pas habituellement considérés comme faisant partie de la médecine conventionnelle (médecine occidentale, médecine allopathique). Les plus connues dans notre pays sont l’homéopathie, l’aromathérapie (utilisation des huiles essentielles), la phytothérapie, l’acupuncture ou l’ostéopathie.
Ces médecines complémentaires permettent d’élargir le champ des possibilités de traitement. Aujourd’hui, nous sommes obligés de prendre en compte les risques de résistance aux antibiotiques et aux antiparasitaires. Il est donc intéressant de s’ouvrir à d’autres possibilités de traitement. Un autre intérêt de ces médecines est qu’elles sont très personnalisables, tout en restant pratiques à mettre en œuvre. Comme en médecine allopathique, suite à l’examen clinique, je juge de la pathologie de l’animal ou du lot d’animaux puis, je propose la prescription la plus adaptée. Ma formation me permet de réaliser des préparations magistrales qui correspondent précisément à l’animal vu et à sa pathologie. Avec une seule préparation magistrale, on peut traiter plusieurs problèmes concomitants (associer des plantes à action pulmonaire et digestive, par exemple, pour un veau qui présenterait de la toux et de la diarrhée).
Enfin, elles peuvent être utiles dans des domaines où l’allopathie est plus limitée tels que le soutien de la fonction hépatique, biliaire ou rénale. Il existe, par exemple, des plantes ou des huiles essentielles qui stimulent la sécrétion biliaire ou ont un effet détoxifiant.

Quelles en sont les indications ou les contre-indications ?
Les médecines complémentaires peuvent être utilisées pour répondre à de nombreuses pathologies, qu’elles soient digestives, respiratoires, métaboliques (acétonémie), locomotrices ou encore génitales (métrite). Les mammites sont une cible fréquente des traitements à base d’huiles essentielles, mais la réussite du traitement dépend de la capacité à bien observer les caractéristiques de la mammite et à intervenir le plus précocement possible.
La phytothérapie permet, entre autres, de stimuler l’immunité, elle a rarement une activité anti-infectieuse directe. Les huiles essentielles, elles, peuvent être à la fois immunostimulantes et anti-bactériennes, antivirales, antifongiques ou antiparasitaires selon leur composition.
Il n’existe pas vraiment de contre-indication à l’usage de ce type de médecine. Il s’agit surtout de faire preuve de bon sens : on ne s’en servira bien évidemment pas si la chirurgie est requise. Le traitement ne donnera de bons résultats que s’il est appliqué en début d’évolution de la maladie. Il est illusoire de vouloir traiter un veau à diarrhée déshydraté avec uniquement des huiles essentielles (ou un antibiotique) sans assurer en parallèle une bonne réhydratation par voie orale ou en perfusion !

Un cadre réglementaire particulier et des précautions sont-ils à connaître ?
Si vous pensiez pouvoir cueillir des plantes fraîches et les utiliser pour soigner vos vaches après prescription de votre vétérinaire, sachez que c’est interdit. Dans tous les cas, l’usage des plantes et des huiles essentielles à des fins thérapeutiques par l’éleveur sans prescription est interdit. Les matières premières utilisées pour les préparations magistrales doivent avoir subi des analyses de conformité. Quant aux huiles essentielles, même si la plupart sont en vente libre, il faut avoir conscience qu’il s’agit de composés très concentrés, dont certains principes actifs peuvent être toxiques pour le foie ou dermocaustiques, cancérigènes ou abortifs.
Utilisées pour des animaux de production, les plantes doivent être inscrites au tableau 1 des Limites maximales de résidu, ce qui détermine les délais d’attente (viande – lait). Il n’y a aujourd’hui que 120 plantes qui y sont inscrites, dont environ 50 avec des restrictions d’usage
et/ou d’espèces, et 21 huiles essentielles. En pratique, aucun texte officiel n’autorise à ce jour l’utilisation de ces plantes et huiles essentielles avec un délai d’attente nul chez les animaux de production. Ce sont donc les délais forfaitaires qui s’appliquent : sept jours en lait et vingt-huit jours en viande.

Quelques conseils pour finir ?
J’invite les éleveurs à ne pas hésiter à se former aux médecines complémentaires afin de mieux en comprendre les mécanismes et d’échanger entre eux les expériences réussies, mais également les «plus ou moins grosses bêtises» faites en expérimentant une pratique pas toujours bien connue des intervenants de terrain (éleveurs, conseillers, vétérinaires).
Attention à choisir des circuits de distribution sécurisés. Hormis pour l’homéopathie, ces thérapeutiques ne coûtent pas forcément moins cher qu’un traitement classique. Enfin, il est avant tout nécessaire de bien respecter les règles de base en élevage, en veillant à garantir aux animaux une alimentation, un logement et des conditions d’hygiène adaptés. L’objectif est finalement d’éviter autant que possible le recours aux traitements.

Source : www.action-agricole-picar…