Cure de silence : pourquoi ça cartonne ?

Qu’on se le dise, le silence est à la portée de tous. De nouveaux publics comme des étudiants sous pression ou des femmes actives au bord du burn-out accourent dans les monastères bouddhistes et les abbayes : « Ce sont des personnes qui traversent une période diffi cile ou ont l’impression que leur vie leur échappe, qui courent après le temps… Elles s’octroient alors un temps de calme absolu pour recharger leurs batteries », rapporte Honorine Grasset, porte-parole des Foyers de charité, qui proposent des retraites spirituelles. Mais la cure de silence n’a pas forcément de connotation religieuse, pour peu qu’elle soit pratiquée dans un centre de méditation en pleine nature ou tout simplement chez soi. Le principe ? S’imposer volontairement une plage de temps, plus ou moins longue, sans échange verbal avec autrui…

Une pause radicale… mais vitale

« On vit à des rythmes échevelés dans une société de bruits et de sollicitations permanents », observe David Le Breton, anthropologue, auteur de Du silence (Métailié). Dans ce contexte, s’astreindre au silence est devenu un moyen de sortir de l’hyperactivité induite par nos modes de vie. L’idée est donc de s’accorder une pause radicale pour se retirer du monde : « C’est une résistance à l’impératif de toujours devoir être disponible, de répondre au téléphone et aux mails. On fait le choix de s’effacer, de ne plus être dans les radars sociaux. » Il s’agit de se réapproprier son existence en se recentrant sur son intériorité : « On se retrouve dans un monde à soi où les autres ne pénètrent pas pour nous dicter leur conduite et nous imposer leur vitesse », poursuit David Le Breton. L’expérience aiderait à prendre de la distance pour puiser de nouvelles forces et renforcer les capacités d’écoute et de concentration. Et si la retraite silencieuse était une façon de détoxifier notre tête ? C’est ce que pense Michel Le Van Quyen, chercheur en neurosciences à l’Inserm, dans son livre Cerveau et Silence (Flammarion) : « Le cerveau a besoin de repos pour évacuer ses toxines et se régénérer. »

Témoignage : Emmanuelle, 50 ans, a passé une dizaine de jours dans l’ashram d’Amritapuri, en Inde

« Le silence imposé permet de ne plus être dans la démonstration ou le contrôle. On ne fait plus semblant et on passe progressivement du paraître à l’être, plongé dans sa bulle. On se reconnecte à soi et à l’instant présent. Un vrai bol d’air mental ! »

Ensemble, c’est plus facile

Les retraites proposées dans des lieux spécifi ques (monastères, ashrams…) offrent le soutien du groupe. Même si les échanges, principalement avec l’équipe organisatrice ou enseignante, sont rares, le cadre communautaire permet de tenir sur la longueur (jusqu’à trois semaines). L’orientation de la cure varie en fonction du lieu où elle est pratiquée : temple bouddhique, abbaye… Elle peut s’inscrire dans une philosophie de vie, une recherche de bien-être ou un besoin de spiritualité. Mais, dans tous les cas, le programme est assez exigeant : entre un réveil aux aurores (vers 6 h) et un coucher vers 21 h sont proposées plusieurs sessions de méditation ou de prières mais aussi des cours (comment méditer, comment être plus présent dans sa vie, etc.). Autour d’un tronc commun obligatoire (plus ou moins copieux), des temps libres sont également accordés. Parfois, les participants seront invités à participer au bon fonctionnement du centre. Est-il besoin de le préciser ? Les repas se déroulent en silence. Les premières fois peuvent être déstabilisantes, mais elles constituent une expérience à part entière… qui demande même à être renouvelée.

Témoignage : Leslie, 41 ans, habituée du temple zen Ryumon Ji, en Alsace

« J’ai tout de suite été fascinée par la pratique du silence avec cinquante autres personnes. On rentre tous dans un même rythme et on s’accorde sans parler. J’ai dû participer à une vingtaine de retraites. J’y trouve de l’apaisement, un calme intérieur. C’est comme faire de la place dans une chambre encombrée. »

En solo, crescendo

Pour les réfractaires aux structures communautaires, la démarche peut être également menée seul. Encore faut-il avoir une certaine volonté. Le grand atout de cette méthode ? Elle peut être pratiquée dès que le besoin de recentrage se fait sentir. Si le principe est de ne rien dire, le passage à l’action nécessite des précautions : prévenir l’entourage pour ne pas être dérangé et ne pas se montrer trop radical. Tomber tout seul dans le silence total sur une longue période peut créer une sensation de vide angoissante, un malaise ou un sentiment d’ennui, voire d’agacement. Aussi, pour cet apprentissage en solo, on y va progressivement ! Que vous vous lanciez dans une cure de quelques minutes, de quelques heures ou de quelques jours (après pas mal de pratique), le seul impératif de réussite reste de se sentir motivé par l’expérience. Et de ne surtout pas se forcer. Le plus facile étant de commencer par « se retirer du monde » le soir ou de pratiquer la méditation tôt le matin. Nul besoin d’y associer un certain ascétisme : pour qu’il soit apprécié, l’exercice devra être assorti de gratifications au sortir de la cure, comme un bon repas ou encore une lecture inspirante.

Témoignage : Kankyo Tannier, nonne bouddhiste et auteure de « Ma cure de silence » (First)

« Au début, il faut certes faire preuve d’une très grande discipline pour se couper de son quotidien et du surplus de communication engendré par l’ère numérique. Aussi ce retour sur soi peut effrayer. Notre éducation ne nous apprend pas à travailler sur les émotions et les pensées qui nous traversent, mais il y a tant de sérénité à la clé ! »

3 exercices* pour débuter

1. La pleine conscience Planifi ez une balade, idéalement dans la nature, en marchant lentement, en observant et en écoutant votre environnement. Cet exercice peut être décliné à d’autres activités (prise de votre repas en silence).
2. La pause visuelle Asseyez-vous, le dos droit, et inclinez les yeux en direction du sol pour stabiliser le regard et favoriser ainsi un silence intérieur.
3. La posture méditative Placez-vous à même le sol sur un coussin et concentrez-vous sur votre respiration en observant vos pensées défiler.

* Conseillés par la nonne bouddhiste Kankyo Tannier.

Où pratiquer ?

Dans les Foyers de charité Ces centres catholiques proposent des retraites spirituelles de 6 jours où le climat de silence et de prière prime. Pas de tarif fi xe, chacun donne ce qu’il veut. Rens. sur lesfoyersdecharite.com.
Dans les centres de méditation La consigne du silence n’est pas toujours imposée en continu. Il est recommandé de commencer par des retraites courtes (3 jours au minimum) avant de passer aux formules de longue durée (entre 9 jours et 3 semaines). Les tarifs se veulent très abordables. Exemples : le temple de la Gendronnière, près de Blois, propose des sesshin, retraites zen autorisant quelques échanges, entre 128 € (3 jours) et 415 € (3 semaines) ; au centre Dhamma Mahi de Vipassana, dans l’Yonne, le principe du don est retenu. Rens. sur meditation-zen.org, zen-azi.org, dhamma.org.

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