COLLOQUE INTERNATIONAL SUR LA SORCELLERIE: Des religieux et universitaires font d …

Pendant deux jours, prêtres, universitaires, sociologues venus de plusieurs pays, et un sorcier repenti, ont parlé de la sorcellerie, à travers des thèmes aussi captivants les uns que les autres : « Discernement d’une personne sorcière et attitude chrétienne à son égard », « Mécanisme de fonctionnement de la sorcellerie : de la connaissance des secrets mystiques », « Enquête socio-anthropologique sur la sorcellerie », « La sorcellerie : compréhension et évolution », « De la réalité de la sorcellerie à son inexistence ». Pour ne citer que ces thèmes.

L’auditorium du campus verdoyant de l’Icma s’est avéré petit pour contenir le public venu très nombreux, en quête de savoir sur la sorcellerie. Les deux journées d’échanges sur le phénomène ont été meublées de témoignages poignants de connaisseurs, de réactions des négateurs d’un phénomène qui semble pourtant être une évidence en Afrique, et de déclarations stupéfiantes d’un ex-sorcier, aujourd‘hui converti en annonceur de l’évangile. Le témoignage de cet homme venu en ‘’guest-star’’ à ce colloque, a laissé plus d’un, pantois. Tout comme la contribution du père Norbert Eric Abékan, l’un des prêtres exorcistes du diocèse d’Abidjan.

La sorcellerie, une réalité pour l’Église, selon Mgr Ahouana

En ouvrant ce colloque, l’évêque métropolitain de Bouaké, Mgr Paul Siméon Ahouana Djro, a déclaré que la sorcellerie dans les sociétés africaines est une réalité complexe. « L’homme africain aime la vie », dira-t-il. « Il peut s’amuser avec tout, sauf avec la vie. Lorsqu’il sent que sa vie est menacée, il cherche aussitôt à conjurer le phénomène », ajoute-t-il. Le dignitaire religieux avoue ne pas comprendre pourquoi des chrétiens baptisés et confirmés, continuent, malgré tout, de s’attacher les services des féticheurs, pour se protéger.

Pendant plusieurs heures, les contributions vont s’enchaîner. Il y en a eu une bonne quinzaine durant les deux jours de cette rencontre internationale. La dernière journée a été particulièrement suivie. Cela, en raison de la qualité des intervenants d’une part. Il s’agit notamment du père Norbert Eric Abékan, un prêtre dont l’engagement dans la pastorale de délivrance et de guérison des fidèles est connu de tous, et de Paul Gomez Ehounou, un ex-sorcier aujourd’hui converti.

Et d’autre part, par l’intérêt des thèmes qu’ils ont abordés. Le samedi 8 avril, la vedette du jour était incontestablement Paul Gomez Ehounou. Dans une salle archi-comble, cet ‘’ex-haut gradé’’ de la sorcellerie, a dispensé un véritable cours magistral sur la sorcellerie, intitulé : « Mécanismes de fonctionnement de la sorcellerie : de la connaissance des secrets mystiques ».

Autre thème qui a suscité beaucoup de curiosité, c’est « Comment reconnaître un sorcier ». C’est Dr Barnabé Denon, enseignant de philosophie politique et morale à l’Université catholique de l’Afrique de l’ouest (Ucao) au Bénin, qui en a donné quelques signes distinctifs, au cours de son exposé intitulé : « Discernement d’une personne sorcière et attitude chrétienne à son égard ».

Si en Afrique, la sorcellerie est une réalité quotidienne que vivent les hommes, comme l’ont attesté la plupart des intervenants, en Europe par contre, le phénomène est observé avec circonspection. Il est même souvent perçu comme une illusion.

En effet, les occidentaux, à l’instar de l’ethnologue et anthropologue français, Marc Augé, abondamment cité par les différents intervenants, considèrent la sorcellerie comme « une illusion collective » ou « un pouvoir maléfique supposé ».

Le Professeur Ramsès Boa Thiémélé, enseignant de philosophie à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, était l’un des rares intervenants à afficher son scepticisme à l’égard de la sorcellerie. Au cours de son intervention, il a réaffirmé les arguments développés dans son livre à polémique : « La sorcellerie n’existe pas », paru en 2010 aux Éditions Cerap à Abidjan.

Ce négateur patenté de la sorcellerie a, au cours de son intervention, jeté de nouveau, le pavé dans la mare. En effet, tout en admettant que la sorcellerie est un fait dont on parle dans les sociétés africaines, il soutient par contre, que ce phénomène n’est guère surnaturel. Pour lui, « la sorcellerie relève plutôt de la propagande et de la manipulation des consciences collectives ». Plusieurs intervenants lui apporteront la réplique.

Comment fonctionne la sorcellerie : des exemples concrets

Les réactions aux propos du Professeur Boa Thiémélé ne se sont pas fait attendre. Elles sont venues non seulement du public, mais aussi d’autres intervenants. Notamment, celui qui était le plus attendu à ce colloque, en l’occurrence l’ex-sorcier, Paul Gomez Ehounou. Le thème qu’il a développé : « Mécanisme de fonctionnement de la sorcellerie : de la connaissance des secrets mystiques », avait, le moins qu’on puisse dire, valeur de thèse.

Pendant 20 minutes, le temps imparti, qu’il a trouvé trop court pour décortiquer le sujet, l’ancien sorcier a tenu en haleine la salle par des affirmations parfois surréalistes : « La sorcellerie existe, je l’ai pratiquée pendant 12 ans, avant de me convertir, il y a 20 ans ».

Avant d’énumérer les différentes méthodes d’acquisition de la sorcellerie, Paul Gomez Ehounou a indiqué l’aptitude fondamentale que doit avoir un « aspirant » à la sorcellerie : « Être foncièrement méchant. Enfant, j’étais très heureux quand mes parents bastonnaient mes frères, je m’en délectais, j’en tirais un réel plaisir ».

L’ex- sorcier a ensuite cité les différentes formes d’acquisition du ‘’savoir sorcelleresque’’. La plus puissante, selon lui, est la sorcellerie acquise à la naissance. Celle-ci se transmet par les gènes. Cette affirmation rejoint celle de l’intervenant précédant, qui était l’évêque de Dapaong, une ville du nord Togo.

Dans son exposé intitulé ‘’Sorcellerie et pastorale ecclésiale en Afrique’’, Mgr Dominique Guigbilé avait, lui aussi, évoqué des cas d’acquisition héréditaire de la sorcellerie en pays moba, au Togo : « Chez les Moba , la sorcellerie se transmet dès la naissance ou trois mois après la naissance ».

Le prélat affirmera que chez une autre ethnie, toujours du Togo, « tous les enfants naissent sorciers. A ceux qui sont testés négatifs à la naissance, on leur transmet la sorcellerie plus tard ».

Le deuxième mode d’acquisition de la sorcellerie, poursuivra Gomez Ehounou, est celui obtenu par affinité : « Les ‘’bosson’’, les mauvais esprits, viennent vers vous et vous promettent, pouvoir, succès, élévation ». Le sorcier repenti affirme que c’était son cas personnel : « J’avais 12 ans, j’étais brillant à l’école, lorsqu’une nuit, j’ai reçu la visite de quatre nains, des génies, venus m’initier ».

Les autres formes, dira-t-il, sont la sorcellerie par affiliation, celle que des individus, eux-mêmes, sollicitent. Il y a aussi la sorcellerie latente, qui sommeille en certains individus. Enfin, la sorcellerie charismatique. C’est un mauvais charisme en fait, développé par certaines personnes dites hommes de Dieu ou femmes de Dieu, et qui leur permet de drainer des foules.

Mais en réalité, ils détournent les enfants de Dieu. L’intervenant citera d’autres formes de sorcellerie. Notamment, le fétichisme, la magie, l’astrologie, la Franc-maçonnerie, la Rose-croix et bien d’autres.

Pendant qu’il entretenait l’auditoire, il a pointé du doigt un fromager géant, derrière la salle de conférence : « Ce type d’arbre que vous voyez, sert souvent de salle de réunion aux sorciers. Sa capacité d’accueil n’a rien à envier à celle de cet auditorium où nous tenons ce colloque». Exclamations du public partagé entre doute et certitude.

Après avoir raconté sa délivrance et sa conversion par l’abbé Ahonzi, un prêtre exorciste, Paul Gomez Ehounou dira sa foi en Dieu, seul capable de neutraliser les sorciers.

Le mode opératoire des sorciers expliqué par un prêtre

Le père Martin Birba, ancien doyen de l’Université catholique jésuite du Cameroun, actuel supérieur de la communauté jésuite de Ouagadougou, ne faisait pas partie des conférenciers. Mais il a saisi l’occasion des débats, pour expliquer le fonctionnement de la sorcellerie.

Le prêtre a indiqué que l’anthropologie biblique chrétienne distingue trois composantes dans l’homme. A savoir, le corps, l’âme et l’esprit. Alors que l’anthropologie scientifique, elle, ne parle que de deux, notamment le corps et l’esprit. Il soulignera que la première entité, à savoir le corps physique, est vulnérable.

La seconde, l’âme qui est le double de l’homme, est superposée au corps physique, et peut donc s’en détacher. C’est le siège de l’imagination, de la mémoire, de l’intelligence, des sentiments … C’est ce que, révèle- t-il, les occultistes appellent le ‘’corps astral’’. « La projection astrale que les rosicruciens maîtrisent, leur permet de détacher l’âme qu’ils appellent ‘’le corps astral’’, du corps physique», explique ce prêtre. Qui a toujours affirmé que l’appartenance à l’Église catholique est incompatible avec la pratique de la franc-maçonnerie et de la Rose-croix.

Le père Birba a soutenu qu’au cours d’une intervention chirurgicale, un patient sous anesthésie, est capable de se séparer de son corps physique, et regarder tout ce que font les médecins pendant l’opération. Le patient est capable, à son réveil, de leur rappeler toute leur conversation.

Justement, confiera le père, « les sorciers maîtrisent, eux aussi, cette projection astrale. Ils arrivent à se détacher de leur corps physique, pour aller opérer. Lorsqu’un sorcier veut tuer un homme, il lui suffit seulement d’agir sur son ‘’corps astral’’, et le corps physique est atteint ».

Il souligne que les démons ne peuvent pas toucher à l’âme d’un individu, tant que ce dernier lui-même ne les y autorise. Il précise que même Dieu le créateur, ne peut pas agir sur l’âme de sa propre créature, sans le consentement de celle-ci.

La troisième composante qui est l’esprit, est l’endroit où Dieu parle à l’homme, selon le prêtre. Le public n’était pas au bout de ses surprises. Dans l’exposé d’un autre spécialiste, il en apprendra davantage, précisément sur les signes distinctifs d’un sorcier.

Discernement d’une personne sorcière et l’attitude chrétienne à son égard

C’est un thème qui a évidemment emballé le public, curieux de connaître les signes distinctifs d’un sorcier. Les questions qui ont fusé après l’intervention du Docteur Barnabé Denon de l’Ucao Bénin, en disaient long sur l’intérêt suscité par ses révélations. « Comment reconnaître le sorcier, dans la mesure où celui-ci est à priori un homme comme les autres ? », s’est-il interrogé, avant de donner quelques pistes pour l’identifier.

A l’instar de Paul Gomez Ehounou, Dr Barnabé Denon a indiqué que c’est surtout par son comportement, qu’on peut détecter le sorcier : « Le sorcier est foncièrement porté vers le mal. Sa motivation, c’est la nuisance. Il ne compatit pas. S’il lui arrive de le faire, c’est sciemment. Car, du fond de son cœur, il s’en réjouit plutôt. Il est jaloux, envieux et se réjouit de faire le mal. Le bonheur de l’autre le déconcerte. Son humeur varie au gré des circonstances. Il est sournois et animé par la haine et l’agressivité. Il a une inclination prononcée à la ruse ». Le conférencier a aussi évoqué le cas des enfants sorciers. « Ils sont entêtés, provocateurs et souvent agités pendant leur sommeil ».

Le spécialiste indiquera que c’est pendant leur sommeil, que ces enfants en question montrent le plus de signes. Certaines positions de l’enfant au lit, révélera-t-il, trahissent ce qu’il est. « Un enfant qui dort, le pied constamment collé au mur, est souvent en contact avec le monde extérieur », soutient l’enseignant qui donnera d’autres détails qui permettent d’identifier ces enfants.

Il s’agit de certains propos qu’ils tiennent durant leurs rêves : « Un enfant qui dit dans son sommeil, des paroles comme : « je ne veux pas » ou « je viens », voudrait dire soit : « je ne veux pas participer (à ce repas) ou bien je veux y prendre part»

Le témoignage du père Abékan

Il était très attendu à ce colloque. Le père Norbert Eric Abékan s’était rendu très célèbre dans les années 1990, lorsqu’il assurait, tous les derniers samedis du mois, le ministère de la délivrance et de la guérison à la paroisse Notre Dame du Perpétuel secours de Treichville, et à Saint Jean de Cocody. Le prêtre qui déplaçait des foules, se montre plus discret depuis son retour du Canada, il y a plusieurs années.

Cependant, il n’a pas voulu rater l’occasion de ce colloque sur la sorcellerie, pour témoigner d’un mal dont il a délivré bon nombre de fidèles. Le prêtre s’est étonné de la persistance du phénomène de la sorcellerie en Afrique, malgré le nombre de pasteurs formés tous les ans, sur le continent.

Il a illustré cet étonnement par cette boutade de Julius Malema, l’ex-leader de la jeunesse de l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud. « La Chine produit deux millions d’ingénieurs chaque année. L’Afrique produit dix millions de pasteurs chaque année, mais les sorciers nous dérangent toujours ! ».

L’abbé Abékan, qui ne nie pas l’existence de la sorcellerie, recommande néanmoins plus de discernement devant certains faits qui ne sont pas forcément imputables à la sorcellerie. Il a raconté plusieurs anecdotes, dont celle d’une femme enceinte qui attendait vainement son accouchement, bien que sa grossesse était arrivée à terme. Des ‘’hommes de Dieu’’ qu’elle avait consultés, ont vite trouvé le bouc-émissaire : « c’est sa belle-mère qui s’était assise sur son ventre ».

Mais lorsqu’il a consacré un temps d’écoute à cette femme, le père Abékan s’est rendu compte que son mal provenait plutôt de la haine féroce qu’elle nourrissait à l’égard de son mari. Après avoir réconcilié le couple, il a constaté que la femme, débarrassée de ce poids qu’est la haine, a facilement accouché les jours qui ont suivi.

Le prêtre exorciste a évoqué un autre cas qui n’est pas non plus de la sorcellerie, mais plutôt de l’empoisonnement. C’est ce qui est arrivé à un patron qui a licencié l’un de ses employés. Ce dernier promit à son patron, que la main qu’il a utilisée pour signer sa lettre de licenciement, sera amputée. En effet, peu de temps après, la main du patron s’est enflée, puis s’est gangrenée, pour finalement être amputée.

Mais l’origine du mal n’était pas un envoûtement, mais plutôt un empoisonnement. Du poison avait été mis sur le poignet de la porte du bureau du patron.

Le père Abékan n’a pas omis d’évoquer son propre cas. Il a livré à l’auditoire, le témoignage rendu par le chef d’une coalition de sorciers, lors de sa conversion, sur les antennes d’une radio. L’homme a avoué avoir invoqué ‘’Mamy Watta’’, la sirène des eaux, afin que ce prêtre, le père Abékan bien entendu, qui les empêche de travailler, meurt écrasé lors d’un accident.

A l’époque, en effet, le prêtre qui faisait du vélo, avait été violemment fauché par un véhicule qui a manqué de peu de l’écraser. Face à l’acuité du phénomène de la sorcellerie, le père Abékan a exhorté ses pairs à s’investir davantage dans l’écoute des fidèles, et dans la pastorale des malades.

De nombreux autres témoignages ont été rendus par les intervenants, sur la réalité de la sorcellerie. C’est le cas d’un universitaire camerounais qui banalisait les pouvoirs supposés d’un grand sorcier. Un jour, ce dernier l’invita chez lui.

Mais à peine est-il entré dans sa cour, le puissant sorcier le suspend en l’air, à deux mètres du sol, avant de lui ‘’demander les nouvelles’’ : « C’est vous qui mettez en doute mes pouvoirs ? ». Le pauvre universitaire, paniqué, le supplie de le faire descendre d’abord sur terre, avant qu’il ne lui réponde.

Au terme de ce colloque très riche en enseignements sur la sorcellerie, les intervenants, malgré leurs points de vue sur la question, ont tous une certitude : la foi est l’arme du chrétien contre le diable et ses œuvres.

Source : www.linfodrome.com/societ…